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Boutique des Petits Bonheurs

I

Au pied de l'immeuble passent les journées qui se terminent, agacées d'être retenues par le feu rouge. Des voix s'élèvent, quelques piétons, un éclat de rire, des cris d'enfants qui jouent à courir pied gauche pied droit sur la bordure du trottoir.

L'intérieur du deux pièces tout blanc abrite le calme. Chacun s'occupe, lové sur un canapé, un lit, le fauteuil. 

Tout à l'heure, il faudra s'extirper, se préparer à dîner, reprendre le fil des conversations.

Et ce sera bien.

II

 

Le soleil caresse à travers le pare-brise. La journée a été belle. La circulation est aussi fluide que les rengaines de Clapton qui tournent, unplugged.

Les enfants se sont assoupis, il va falloir les réveiller. En arrivant rituel bain-dîner-lecture-calin. Et la soirée ne fera que commencer.

Chaque conducteur rentre ou part, sourit à son rendez-vous ou ne pense délicieusement à rien. Juste à poser ses mains sur le volant et ne pas casser le flux de la voie rapide sous ce soleil qui baisse tout doucement.

"When that train rolls up boys I'm gonna come walkin' home"*

Combien ont en même temps cette sensation fugitive et précieuse d'être au bon endroit, au bon moment ?

* Rollin' & Tumblin', Eric Clapton.

III

Les petites cuillères tintent et dansent entre tasses et soucoupes. La brume du café prolonge le charme. Carrés de chocolats, quelques noix sauvées de l'automne dernier, des langues de chat, de la saveur pour préserver l'entrelacs des conversations qui vont et viennent autour de la table.

Ce déjeuner ne se terminera jamais, déjà métamorphosé en cocon suspendu au dessus des contingences quotidiennes…

IV

 

Des musiques refluent dans le couloir, entre les portes des plus jeunes. Le volume balance un peu fort, mais il faut bien balayer la pointe mélancolique de la fin de journée !

Les feux brûlent déjà sous les faitouts, des légumes mijotent tout doucement, les aromates encensent la cuisine, puis le salon, puis le couloir, puis les chambres, se mélangent aux rythmiques, les assaisonnent.

La soirée va basculer vers une ombre sans peur, accueillie par ce bric-à-brac que chaque maisonnée réinvente jour après jour, Le quotidien s'écoule et sonne juste, comme une discrète récompense…

V

Votre chat approuve : il vient de vous trouver à moitié allongé sur votre canapé en train de feuilleter l'hebdomadaire acheté cet après-midi. Après vous avoir longuement considéré de ses grands yeux émeraude, vous et le canapé, il s'approche, vous ronronne autour et se décide : il va se caler là.

Oui juste là, sous votre coude, flanc contre flanc. Il tourne deux, trois fois sur lui-même, se roule en un cercle parfait, pousse une dernière fois sur ses pattes arrière pour bien épouser vos courbures. Quand vous vous permettez de grattouiller entre les deux oreilles l'auguste crâne du félin, il émet un léger râle - vous concédant ainsi une infime satisfaction -, puis lève son regard vers le votre sans bouger d'un poil. Avez-vous bien compris ?

Sa sieste démarre et vous n'avez pas intérêt à bouger d'un iota ! Sinon ? Sinon, pendant le temps qu'il juge mérité, il vous défie de sa silhouette digne et déliée sans accepter la moindre familiarité. Avez-vous bien réfléchi avant de vous extirper de votre canapé pour vaquer à de sombres besognes ? Qu'avez-vous donc pu estimer de plus important que de servir de coussin chauffant à monseigneur ?

Vous n'êtes décidément qu'un piètre humain, indigne de ses grâces…

 

VI

La fenêtre est restée entrouverte... La nuit se faufile et les bougies vacillent.... Ça y est, tout le monde est parti,

Des bribes de conversations flottent encore, des rires, des secrets. Nous rangeons la vaisselle, on la lavera demain et on se pose encore un peu dans des fauteuils. Laure avait l'air mieux, tu ne trouves pas ? J'espère que la prochaine fois, Vincent pourra les accompagner... 

Les volets se ferment; la musique s'arrête. Gardons quelques frémissements dans les murs, Le chat s'étire, il miaule devant la porte, sa journée commence... Il nous laisse le sommeil, la nuit et le silence. 

La confiance est passée par chez nous, il en restera quelque chose. Le même ciel éclairé de lune, la même douceur de l'air,un sourire et cette soirée pointera en souvenir, en cadeau, en ce que personne ne pourra nous reprendre…

 

VII

Le cabanon borde l'étang. Il n'est pas si grand qu'il y parait cet étang, mais de nuit, il rejoint le ciel. P'tit Louis et Vincent ont déjà apporté les boissons : de l'eau, des sodas, du rosé, du rouge, des bières, il y en aura pour tous les goûts. Martine a rassemblé les participations et s'est occupé des courses avec Kate. Du simple, du rapide, le but est juste de pouvoir dîner tous ensemble pour l'occasion.

Nous arrivons les premiers : la lumière s'engouffre dans le cabanon, on ouvre tout, les deux petites fenêtres en clapet, la porte. Les chaises sont sorties, dépliées, essuyées vite fait bien fait. La grande table déplie ses pieds, elle atterrit le long d'un mur, à l'abri des courants d'air, côté étang. Les bougies sont prévues en plus de la lumière maigrelette de l'ampoule du plafonnier.

Des bruits de moteur, des claquements de portières, des voix, des silhouettes qui se précisent et approchent en parlant fort et des paniers au bout des bras. Une bassine en tôle sert de marmite et l'eau est mise à bouillir. Vincent s'occupe du feu. Gobelets et cacahuètes circulent. Tout le monde est là. Il fait bon. Charlélie tourne en boucle sur le magnéto. Le ciel s'orange. On allume les bougies ?.Non, attends encore, elles tiendront plus tard.

La voie lactée est de la partie, Etienne frime, il s'y connait en étoiles, il va nous montrer. On finit tous par s"allonger dans l'herbe pourtant un peu fraîche pour repérer les chars célestes. Charlélie grésille encore et encore. Son avion a retrouvé ses ailes... Une soupe très tard, très tôt, et on succombe au sommeil. On reprend les voitures, on se suit. Pas d'imprudence, ce serait trop bête.

Nous échappons au jour suivant. C'était doux, c'était puissant, c'était rieur. Voilà, on a fêté nos vingt ans !

 

VIII

Les enfants tournent en rond, impatients, excités, sans occupation précise. Aucun jeu ne peut endiguer le vide des compagnons attendus. La table est mise, le coin salon cligne de l’œil, le dessert se dresse dans le bas du frigo et la cafetière s'apprête à distiller la fin du repas. 

L'attente s'étire, donne du prix à cette journée décidée depuis quelques jours. Il a suffi d'un mot en l'air. Vous faites quelque chose dimanche ? Non, rien de prévu. Si vous veniez, pour une fois ? La conversation s'est poursuivie, et se poursuivra donc. L'annonce a provoqué les hourras enfantins, puis les idées de plats à cuisiner, puis la promenade, oui, oui, celle jusqu'à l'étang ! Espérons qu'il fera beau !

Des babioles traînent, des chaises supplémentaires sont glissées sous la table, la barrière du jardin s'est refermée. La chaise haute a été époussetée pour le plus jeune des invités.La radio déroule son programme. Midi. L'heure des nouvelles. Un moteur tourne sous la fenêtre, des portières claquent. Ils sont là ! Ils sont là ! Les enfants se faufilent pour kidnapper les copains. La radio s'éteint. Le monde peut tourner, c'est le temps de l'amitié.

 

IX

Il fait froid, beau froid.

Des perles de cristal piquent le visage, atomisées par la bise. Les passants marchent têtes baissées, mains dans les poches et s'engouffrent sous les portes cochères.

Le souffle chaud de la salle surprend nos joues, le temps que la porte battante se rabatte. Vernis, plaques émaillées, verres suspendus, pendeloques, bouteilles scintillent de miroirs en miroirs. Il reste une table dans un coin, banquette d'un côté, chaise de l'autre. 

Deux chocolats chauds s'il vous plait !

On cale les sacs. On se débarrasse des écharpes, des gants, on déboutonne les cols. A travers la baie vitrée, on aperçoit le ballet empressé de la nuit tombante. Et on se raconte au-dessus des tasses fumantes.

Tendres urbanités hivernales.

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