Classe de mer (20230930)
Amina grappillait distraitement dans son assiette, ignorant les remarques de sa mère pour qu’elle se dépêche. Sa petite sœur réclamait son dessert, elle observait la scène depuis ce séjour dont elle n’était pas complètement revenue. Par la fenêtre de cette cuisine étroite s’alignaient les immeubles interchangeables, le séjour accolé ne se distinguait que par un écran de télévision démesuré que son frère squattait tous les soirs pour jouer « en ligne ».
Avec ses professeurs, elle avait obéi volontiers. Au milieu de ses amies, s’organiser pour être prête à temps, se laver et s’habiller sans se sentir trop surveillée, avoir l’autorisation d’admirer le coucher du soleil tous ensemble depuis la digue, ça c’était la vraie vie.
Retrouver les barres d’immeubles et la ville uniforme n’était pas juste, un mauvais coup des adultes qui vous font goûter au paradis et vous l’enlèvent en décrétant que tout plaisir a une fin, qu’on n’apprécierait pas si cela durait. Si elle n’était pas si contrariée, elle aurait pitié de ses parents si normaux, si obéissants. Elle ferait autrement, elle n’accepterait pas. Elle ne savait pas trop ce qu’elle allait fuir, mais elle savait ce qu’elle allait chercher à retrouver : du beau, de l’espace, le corps du monde.
frr