Vingt-et-une heures (20231004)
Il était neuf heures du soir lorsque la sonnette avait retenti. Elle n’attendait aucune visite, il était un peu tard pour ouvrir sa porte à un inconnu, mais elle n’hésita pas longtemps. Son fils, sac à dos à ses pieds, portable à la main. Elle le découvrit, eut un élan pour le prendre dans ses bras, se retint – il n’appréciait déjà plus les embrassades bien avant d’avoir quitté le toit familial – et lui déposa un baiser sur une joue. Il tenta un sourire pour rembarrer les larmes, elle fit mine de ne pas s’en apercevoir, tira largement la porte pour qu’il entre. Hébété de replonger dans les odeurs, les lumières, les craquements de cette cuisine-là, il ne put que s’asseoir. Elle lui proposa à boire, à manger… Que pouvait-elle dire ? Que s’était-il passé pour qu’il surgisse cet automne après au moins trois ans d’absence et trois messages ? Un chat ouvrit les yeux, le considéra, reconnut un familier et se rendormit. Elle éteignit la télévision, s’assit en face de lui et se versa un verre d’eau pendant qu’il se décidait à se composer une assiette avec les restes qu’elle lui avait posés sur la table. Le temps s’était suspendu, ce n’était pas elle qui le relancerait.
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