Vieil homme (20231118)
A quoi pense ce vieil habitué de la place du 1er mai, assis chaque après-sieste sur ce banc qui regarde le bassin au couple de colverts. Sous sa casquette gris-beige, il sourit à qui le regarde, répond aux saluts. Sa peau, ses mains, son dos disent le travail qui mord le corps, la solitude de l’exilé, la ténacité. En fin d’après-midi, ils sont deux et leur langue chante l’enfance, l’espace, quelques regrets. Le français s’en mêle, ils vivent ici depuis si longtemps… Leur terre a grandi sans eux, leur pays n’est plus que souvenir, ils se sont redessinés un village dans la ville. De la place à leurs appartements s’égrènent coiffeur, épicerie, bar-tabac. Le bar, ils s’y retrouvent pour le café du matin, revue du jour oblige. Quand il reste du pain dur, ils le jettent aux pigeons et aux deux colverts en leur parlant. Des jeunes passent et s’attardent, donnent des nouvelles des parents, des collègues, parfois même de ce pays lointain. Ils l’ont trouvé leur place, fragile et vaillante.
frr