Verger (20240301)
Un mur, versant coté enclos, rend curieux de qu’il cache. Pommiers, pruniers, cerisiers en débordent en fleurs printanières. Deux poiriers, peut-être, en espaliers se dessinent sur le mur opposé. Un clapier en encoignure agite sa paille. Quand les soirées s’allongent, quand les branches s'alourdissent, le portail reste ouvert, et un vieil homme s’y attarde, effeuille, taille, ramasse les fruits trop précoces, rassemble ces déchets dans un trou, ajoute du foin à ses lapins. Deux garçonnets jouent à courir entre les troncs, piaillent et agacent le border qui ne demande que ça. Le vieil homme sourit, il gronde juste pour garantir son royaume. Enfants et chien peuvent galoper autant qu’ils veulent, ils sont à l’abri, et ses arbres aiment les entendre rire.
Un matin, un « A vendre » s’est incrusté. Les fruitiers ont été arrachés, un pavillon rectangulaire a émergé en une saison. Le mur tient bon, ridiculement bas, ses pouvoirs étouffés par la nouvelle génération. Certains soirs d’été, quand le chemin s’estompe au soleil couchant, si vous tendez l’oreille, des rires tintent au milieu des derniers chants de mésanges. Et vous revoyez le vieil homme tendre la main vers ses fruits.