L’Oncle (20240315)
L’Oncle Emile vivait dans une maison cubique à un étage, coincée au bout d’une large allée rectiligne. Il nous recevait toujours sur le pas de sa porte, nous ayant certainement guettés pour se poster à notre arrivée. Habillé de sa veste bleue et coiffé de son béret, il nous menait au tour du jardin qui consistait en un aller-retour processionnaire entre les plates-bandes parfaites et rectilignes tout en évoquant la météo du jour, les besoins mouvants en chaleur et en pluie, les bienfaits de l’hiver, le gel tardif tant redouté. Nous commentions, admiratifs de cette perfection potagère, devinant le temps passé, l’attention, l’amoureux savoir-faire.
Au retour il nous ouvrait la cuisine, posait ses sabots sur la marche du seuil et nous invitait à nous asseoir autour de la toile cirée. Sur le poêle, du café cuit, sur la table, la boîte à biscuits. La conversation reprenait et m’endormait : prénoms disparus, habitudes perdues, regrets et gentillesses révolues. Nous prenions congé, non sans lui offrir la traditionnelle boite de pates de fruit qu’il affectionnait et il se postait à nouveau sur le pas de sa porte. Depuis l’allée, je m’amusais à me retourner plusieurs fois pour lui faire un signe qu’il me renvoyait avec, me semblait-il, la même joie enfantine.