L’Ecrivain (20231011)
Depuis des mois, il se tenait enfermé dans son cabanon d’écriture, comme il l’appelait, et n’en sortait que pour rejoindre sa maison à l’autre extrémité du jardin. Il ne dépassait guère les limites de son domaine.
Décision avait été prise, il ne savait plus depuis combien de mois, de ne plus côtoyer le monde. Il avait éteint sa télévision, la radio, quand il n’écrivait pas, il lisait ou relisait. Les hommes étaient devenus, selon lui infréquentables, les femmes aimées n’étaient plus, ses propres enfants le décevaient.
Ses lecteurs, eux, étaient au rendez-vous de chacun de ses ouvrages, ils le réclamaient, mais lui refusaient les invitations. Puisqu’il atteignait un âge avancé, personne n’en prenait ombrage.
Un matin, semblable à tous les autres, sur son chemin entre la maison et la cabane, il entendit un cri, un choc, puis des pleurs qui provenaient de la rue. Sans réfléchir, il marcha rapidement vers son portail, l’ouvrit et butta dans un garçonnet. Trottinette par terre, genou écorché, museau embrouillé. Le vieil écrivain lui sourit, sortit son mouchoir à grands carreaux et lui essuya le visage.
« Excusez-nous ! Il roulait trop vite, il ne m’écoute jamais ! En plus, il ne sait pas se servir du frein !... » L’homme, qui avait couru pour rattraper son fils, reprit son souffle. Il reconnut son interlocuteur et lui tendit la main « J’aime beaucoup votre travail ! » L’écrivain rangea son mouchoir et accepta la poignée de mains. L’enfant s’arrêta de pleurnicher en les regardant. L’Ecrivain comprit que sa retraite s’achevait. Frr